Promouvoir de nouveaux récits sur le vivant
T&F
Eric de Kermel, délégué général de l’axe Terre Sauvage pour le Vivant de la Fondation Terre &Fils

Entretien avec Eric de Kermel, délégué général de l’axe Terre Sauvage pour le Vivant de la Fondation Terre &Fils
Auteur de nombreux livres et en particulier d’un Abécédaire de l’écologie joyeuse, le journaliste et écrivain Eric de Kermel a dirigé le magazine Terre Sauvage et assure aujourd’hui la coordination du nouvel axe de la Fondation Terre &Fils, qui s’attache à défendre le lien avec le vivant. Pour reprendre ses mots, « la nature passe son temps à nous donner des signaux comme quoi il est urgent de réconcilier l’homme avec celle-ci. Parfois c’est à côté de chez nous. Elle est partout cette nature sauvage ». Persuadé que l’écologie doit avant tout réunir le grand public autour de nouveaux récits fédérateurs, Eric de Kermel souhaite donner la voix à des projets, des associations et des personnalités qui racontent ce monde sauvage (films, livres, expositions, installations, …) pour susciter un émerveillement et un engagement propice au réveil des consciences.

En quoi votre expérience de romancier oriente-t-elle aujourd’hui votre engagement écologique ?
La fiction possède la vertu de développer un imaginaire sensible qui permette de rejoindre de façon sensible le lecteur. Les personnages peuvent alors toucher les lecteurs et générer chez eux une identification vertueuse. Même si mes récits sont toujours très crédibles dès qu’il s’agit d’évoquer le monde sauvage, ils ont aussi une capacité à se projeter dans l’avenir. Je reste encore du côté des idéalistes qui croient que nous pouvons encore habiter autrement la planète sans être les prédateurs des autres vivants.
Quelle est, selon vous, la responsabilité des « porteurs de récits » dans la refondation écologique ?
Les présentations scientifiques, avec leurs données comme la liste rouge des espèces menacées ou encore les rapports du GIEC, tétanisent le grand public. Elles n’ont pas produit de mise en mouvement.. Or, tout le monde est capable de s’émerveiller devant un paysage de montagne, la vie d’un nichoir dans un jardin, un territoire où marcher, écouter, sentir ... Je crois que la crise écologique est aussi une crise de la sensibilité. Pour reprendre les termes de Yann Arthus Bertrand, « en écologie, on a tout essayé sauf l’amour ». Je vais citer un exemple récent, celui du film Le Chant des forêts réalisé par Vincent Munier l’année dernière. Il a fait plus d’un million d’entrées. Le grand public est donc prêt à aller au cinéma pour voir un film consacré à la forêt, plutôt difficile d’accès. Je pense également au dernier prix des libraires décerné au roman Les fantômes de Shearwater de Charlotte McConaghy dont le travail fictionnel sur la nature est remarquable. En fait, l’enjeu est de raconter des histoires qui donnent ensuite envie de s’engager. Les discours les plus efficaces ne sont pas ceux de la culpabilité, de l’écologie punitive. Les élus ont certes leur part de responsabilité, mais le grand public doit se mettre en mouvement, au-delà des soucis qu’il rencontre au jour le jour. Et le meilleur moteur de l’action, c’est l’émerveillement, l’amour pour employer un grand mot !
En quoi le prix « Terre Sauvage pour le vivant » permettra-t-il de promouvoir ces nouveaux récits écologiques qui émerveillent ?
Ce prix est tout d’abord l’occasion, pour cette première année de lancement, de découvrir de nouveaux talents, mais aussi des personnalités qui travaillent depuis longtemps sur le sujet. Concernant l’appel à projets, nous attendons un contenu scientifique robuste, mais ce qui nous intéresse le plus, ce sera la qualité narrative. Pour prendre un exemple, je pense notamment à un projet comme celui de Francis Hallé sur la canopée amazonienne. Dès le début, il avait en tête de produire un film, un livre et une exposition. La restitution pour le grand public faisait partie intégrante du projet. Pour ce qui est des résidences d’écriture, la logique est la même. Nous souhaitons proposer aux écrivains, aux artistes, aux philosophes de se mettre un mois au vert pour penser et écrire. Nous n’attendons rien de précis, du documentaire ou de la fiction, mais la thématique devra forcément être en lien avec la nature sauvage, avec cette volonté d’aller à la rencontre du grand public.
Annonce des lauréats et de la date de remise des Prix à l'automne 2026
Crédit photo couverture : Michel Neyroud
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