Terre &Fils participe au collectif d’action Territoires d’engagement

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© Agathe Waechter

brown and white concrete house near green trees during daytime

Terre &Fils participe au collectif d’action Territoires d’engagement

Entretien avec Cécile Malo, responsable « Grande Cause Dynamiques Territoriales » à la Fondation de France, et pilote du Collectif d’action Territoires d’engagement.

Mars 2026


Le collectif d’action Territoires d’engagement lancé par la Fondation de France en 2024 a pour vocation d’accompagner la revitalisation des territoires en travaillant main dans la main avec les acteurs locaux (associations, entreprises, collectivités, habitants…). Ce collectif réunit aujourd’hui 5 fondations : la Fondation Daniel et Nina Carasso, la Fondation JM Bruneau, la Fondation Entreprendre, la Fondation Terre et Fils, et la Fondation de France. Toutes partagent une volonté forte de tisser les liens entre les différentes parties prenantes afin de soutenir les initiatives individuelles et collectives, les dynamiques d’engagement et la mise en commun des bonnes pratiques.

Le collectif d’action soutient en particulier les porteurs de projets qui souhaitent valoriser les cultures, les savoirs et les savoir-faire territoriaux, nourrir ainsi le sentiment d’appartenance des habitants à leur territoire et déployer des actions concrètes contre la polarisation et la fragmentation. Dans cette perspective, la lecture patrimoniale et culturelle des territoires constitue une donnée essentielle pour appréhender la diversité locale, discerner ce qui peut être vecteur de commun entre les acteurs et soutenir des coopérations qui rendent les écosystèmes plus conscients de leurs singularités, plus robustes et plus résilients à l’avenir.

Cécile Malo, responsable « Grande cause territoires » pour la Fondation de France, revient ici sur cette démarche collective porteuse de transformation profonde dans les territoires.


Pouvez-vous présenter le collectif Territoires d’engagement ?

Ce collectif d’action s’inscrit dans un virage stratégique de la Fondation de France, qui poursuit un double objectif : inscrire durablement l’action collective et adopter une approche systémique du changement. Nous avons d’ores et déjà des partenaires avec lesquels nous avons l’habitude de travailler ; mais au vu des défis à relever dans notre société, les coopérations se doivent d’être plus denses et plus durables. En outre, il est temps d’analyser en profondeur les causes « racines » de tous les sujets. La Fondation s’est donc organisée autour de 9 grandes causes, qui travaillent chacune autour de ces deux axes.

Plus spécifiquement, le collectif d’action Territoires d’engagement réunit 5 fondations (la Fondation Daniel et Nina Carasso, la Fondation JM Bruneau, la Fondation Entreprendre, la Fondation Terre et Fils, et la Fondation de France) qui s’engagent auprès des écosystèmes territoriaux afin de les aider à se développer, se consolider et s’engager dans des processus de résilience. C’est cette volonté commune qui nous a réunis. Tous, nous partageons cette conviction : pour traiter les grands sujets de notre société, nous devons soutenir des actions locales qui renforcent la capacité des personnes à agir et coopérer. Et pour que cela se passe bien dans les territoires (entendus comme un environnement, une culture, une histoire et des acteurs), il faut, en amont, sonder la solidité de leurs écosystèmes. Est-ce que l’esprit d’entreprise et l’initiative citoyenne, par exemple, sont une réalité ? Est-ce que les organisations (associatives, philanthropiques, publiques) sont robustes ? Est-ce que les acteurs économiques et associatifs parviennent à coopérer ?


Passeurs d'humanité ©Jean-Christophe Moine


Quelles actions le collectif envisage-t-il concrètement dans les territoires ?

Nous finalisons aujourd’hui l’écriture de la théorie du changement en nous appuyant sur les retours d’expérience de chacun. Par ailleurs, nous menons depuis plusieurs mois des actions avec nos partenaires du réseau des incubateurs de l’innovation sociale (le Kiif) afin d’accompagner différemment les écosystèmes territoriaux, notamment en prêtant attention à ce que ressentent leurs habitants :  un sentiment d’appartenance ? une impression de relégation ?  ou encore existe-t-il des freins limitant l’esprit d’initiative et l’entrepreneuriat local ?  etc.

Grâce à une analyse approfondie prenant en considération toutes les données récoltées à l’issue d’entretiens individuels et collectifs des acteurs locaux, nous dressons un portrait sensible et vivant du territoire. Chemin faisant, nous élaborons en commun un bilan afin d’encourager l’initiative individuelle et collective. Nous menons ces actions en particulier dans l’Entre-Deux-Mers en Gironde, les quartiers nord de Nantes, le centre de la Bretagne, les villes de Forbach et St Etienne, mais aussi la vallée de la Roya dans les Alpes-Maritimes ou encore la Haute-Garonne.

En complément de ces missions, nous soutenons également des acteurs nationaux qui partagent les mêmes enjeux, comme l’Association nationale des Tiers-Lieux ou encore l’Association Les Doléances qui accompagne les collectifs citoyens. Nous sommes par ailleurs en train de développer un axe de soutien à la philanthropie territoriale destiné aux fondations existantes avec des enjeux de consolidatio ou d’amplification, ou encore à l’émergence de nouvelles initiatives. Notre objectif, à terme, est de transformer ces initiatives concrètes en outils de coopération et de débats multi-acteurs dans les territoires.


Passeurs d'humanité ©Jean-Christophe Moine


En quoi la lecture culturelle et patrimoniale du territoire nourrit-elle ces actions ?

Nous devons faire face à trois enjeux : travailler sur la capacité de chacun (organisation et personne) à agir ; aider ces acteurs à agir collectivement ; valoriser in fine ces initiatives pour aller vers un changement de regard sur soi, sur les autres et sur les territoires. Pour arriver à réveiller l’envie d’agir, il faut savoir activer les bons leviers en dépassant les divergences d’opinions ou de réseaux. Et il y a précisément des sujets et des envies qui peuvent tous nous réunir : c’est ce que le philosophe Bruno Latour appelle le « concernement ». Cette notion renvoie à l’envie d’un avenir commun, au sentiment d’appartenir à quelque chose qu’il faut nourrir et encourager pour nos enfants. Tout cela touche à des éléments qui replacent les gens dans une histoire. Or, quoi de mieux que le patrimoine matériel et immatériel pour travailler de façon réelle et symbolique l’ histoire d’un territoire et de se habitants ?

Je crois beaucoup à ces projets culturels autour des territoires : ils offrent une réponse constructive à l’actualité chaude, car au-delà des divergences et des conflits, ils remettent chacun de nous dans une temporalité plus longue en construisant une vision partagée des enjeux qui dépasse l’immédiateté et l’urgence. La question des patrimoines et des savoir-faire est en fait un merveilleux moyen de créer un langage commun. Je pense par exemple aux cultures en terrasses de la vallée de la Roya ou encore au patrimoine de l’eau en Bretagne centre, territoire souvent oublié au profit du littoral. Dès lors que nous entrons dans ce portrait sensible du territoire, nous arrivons très vite à cette question du patrimoine. Elle est parfois douloureuse, par exemple en Gironde avec la crise viticole actuelle ou encore dans les territoires houillers comme Forbach. Mais aussitôt que l’on replace ce patrimoine partagé dans une perspective qui n’est pas inexorable, celui-ci devient un levier puissant pour nourrir l’action collective – c’est d’ailleurs ce qu’illustre parfaitement le projet RESPIR dans la Creuse, co-porté par la Fondation Terre & Fils et la Fondation RTE pour les ruralités.


Chantier convivial de Vinzieux © Agathe Waechter


Quelle approche privilégiez-vous pour favoriser la coopération territoriale ?

Nos équipes sont présentes dans les territoires pour mettre en œuvre un changement de paradigme de l’action philanthropique. L’objectif n’est pas de proposer des solutions toutes faites. En réalité, nous ne pouvons plus nous contenter d’être un soutien pour l’émergence d’initiatives, il nous faut aussi accompagner les processus de l’écoute et nourrir la capacité de chacun à être dans le débat, car nous savons tous qu’il est très difficile de mettre de côté les idées préconçues. Notre attention première sera donc de réunir tous les acteurs intéressés par le projet et susceptibles de changer profondément dans leur façon d’interagir avec les autres. En d’autres termes, il s’agit de passer de l’ingénierie de projets à l’ingénierie de processus et de tissage de liens. C’est notre cap, notre boussole.

Pour finir, je sens un écho très favorable chez les porteurs de projets et les structures d’accompagnement, en particulier dans notre réseau de partenaires pour l’innovation sociale. C’est grâce à ce nouveau paradigme que nous nous élaborerons tous les outils pour redonner aux gens le goût de débattre tout en gardant leurs convictions et pour réduire ainsi la fragmentation et la polarisation des territoires. Dans cette perspective, nous voyons en particulier la nécessité de fortifier la fonction de médiateur, autrement dit un facilitateur du dialogue territorial. Cette fonction n’appartient à personne et peut être endossée par tout le monde. Nous ne sommes pas les seuls à avoir cette capacité : c’est justement l’intérêt de travailler avec différents acteurs, car cela nous permet de voir qui parmi eux pourrait assumer durablement ce rôle. En définitive, il faut beaucoup de modestie et d’humilité pour transmettre cette fonction à un acteur du territoire, qu’il soit une entreprise, un élu ou une association. Les gens ont besoin d’un cadre de confiance pour construire des projets concrets. Et c’est à cette condition que la coopération peut devenir un moyen mobilisé par le territoire pour imaginer un avenir serein.



Chantier convivial de Vinzieux © Agathe Waechter