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Elles déroulent leurs mouvements avec la précision d’un horloger. Les cadres à l’arrière lèvent les fils bleus alors que la navette fend la chaîne et vide sa canette de fil de trame blanc à chaque passe. Un peigne resserre l’ensemble après le passage de la navette. Lentement, en cadence, mais avec une redoutable efficacité. Sur ces deux « petits bijoux » acquis l’an dernier, Denis Heinrich, directeur de Tissage de France, est intarissable. « Ils datent de 1950, bien avant l’arrivée des métiers automatiques », sourit-il. Sur le papier, ces deux métiers à tisser Selvedge font figure d’antiquités. « Du strict point de vue de la productivité, ce n’est pas très intéressant, c’est sûr. Mais du point de vue de la qualité, c’est inégalable. » À l’origine, la marque Selvedge renvoie à la contraction du mot anglais « self-finished edge ». Traduisez « bord fini » pour un jean à la toile solide très serrée et dont les extrémités sont renforcées par des lisières. « Ces merveilleuses machines ont failli disparaître, alors qu’elles ont tant à nous apporter. Elles sont complètement dans l’air du temps et répondent à des exigences nouvelles ! »

 

Il était une fois une filière en danger. En 2018, Denis Heinrich est encore directeur technique chez Valrupt Industries dans les Vosges, une entreprise de textile fondée en 1837, mais au bord du dépôt de bilan. Il convainc Thomas Huriez, le créateur de la marque 1083 – dont Terre & Fils est actionnaire –, de sauver la partie filature, rebaptisée Tissage de France. « C’est grâce à 1083 que nous sommes toujours là. Ils ont notamment su voir ce que nous pouvions apporter à la production de leurs jeans, leur produit emblématique. » Personnellement, il était « retraitable », comme il dit. Mais pas question pour Denis Heinrich de laisser ses machines, et surtout ses ouvriers, à l’abandon. Il devient dès lors directeur de Tissage de France et affiche une conviction : « Nous avons sauvé 35 emplois et surtout un savoir-faire irremplaçable. Ensemble, nous portons une belle ambition pour la filière française : amener chacun à consommer et produire dans nos territoires. »

 

1083 porte également des convictions fortes inscrites dans son nom (exergue ici). Du filage à la confection, en passant par la teinture et le tissage, toutes les étapes de fabrication sont réalisées dans l’Hexagone. « En investissant sur nos savoir-faire, nous vendons des produits certes un peu plus chers, mais de meilleure qualité. Et le consommateur sait aussi ce qu’il paye et ce qu’il soutient par son achat. Quand j’ai commencé à travailler, il fallait lutter à tout prix contre la concurrence du Pakistan et de la Chine, se souvient Denis Heinrich. C’était un combat perdu d’avance. » Ce professionnel se réjouit que 1083 affiche entre 30 et 40 % de croissance chaque année. « C’est le meilleur ambassadeur de notre démarche ! » Désormais, la filière textile se pique de rêver à d’autres horizons. « Récemment, Terre & Fils a produit une étude de marché intéressante sur le vêtement professionnel, qui nous a déjà fait gagner un client. Le potentiel est là. Notre savoir-faire est aussi sollicité en Allemagne et en Suède. Les pistes de développement sont nombreuses. Il faut y croire. » Sans faire un pli.

Chez Tissage de France, des savoir-faire d’hier pour tisser aujourd’hui

T&F Investissement

Souvent délaissés au profit du high-tech et de la productivité, les savoir-faire et machines d’antan n’ont pas dit leur dernier mot. Avec 1083, ils tirent un autre fil pour dessiner leur avenir.

Elles déroulent leurs mouvements avec la précision d’un horloger. Les cadres à l’arrière lèvent les fils bleus alors que la navette fend la chaîne et vide sa canette de fil de trame blanc à chaque passe. Un peigne resserre l’ensemble après le passage de la navette. Lentement, en cadence, mais avec une redoutable efficacité. Sur ces deux « petits bijoux » acquis l’an dernier, Denis Heinrich, directeur de Tissage de France, est intarissable. « Ils datent de 1950, bien avant l’arrivée des métiers automatiques », sourit-il. Sur le papier, ces deux métiers à tisser Selvedge font figure d’antiquités. « Du strict point de vue de la productivité, ce n’est pas très intéressant, c’est sûr. Mais du point de vue de la qualité, c’est inégalable. » À l’origine, la marque Selvedge renvoie à la contraction du mot anglais « self-finished edge ». Traduisez « bord fini » pour un jean à la toile solide très serrée et dont les extrémités sont renforcées par des lisières. « Ces merveilleuses machines ont failli disparaître, alors qu’elles ont tant à nous apporter. Elles sont complètement dans l’air du temps et répondent à des exigences nouvelles ! »

Il était une fois une filière en danger. En 2018, Denis Heinrich est encore directeur technique chez Valrupt Industries dans les Vosges, une entreprise de textile fondée en 1837, mais au bord du dépôt de bilan. Il convainc Thomas Huriez, le créateur de la marque 1083 – dont Terre & Fils est actionnaire –, de sauver la partie filature, rebaptisée Tissage de France. « C’est grâce à 1083 que nous sommes toujours là. Ils ont notamment su voir ce que nous pouvions apporter à la production de leurs jeans, leur produit emblématique. » Personnellement, il était « retraitable », comme il dit. Mais pas question pour Denis Heinrich de laisser ses machines, et surtout ses ouvriers, à l’abandon. Il devient dès lors directeur de Tissage de France et affiche une conviction : « Nous avons sauvé 35 emplois et surtout un savoir-faire irremplaçable. Ensemble, nous portons une belle ambition pour la filière française : amener chacun à consommer et produire dans nos territoires. »

1083 porte également des convictions fortes inscrites dans son nom. Du filage à la confection, en passant par la teinture et le tissage, toutes les étapes de fabrication sont réalisées dans l’Hexagone. « En investissant sur nos savoir-faire, nous vendons des produits certes un peu plus chers, mais de meilleure qualité. Et le consommateur sait aussi ce qu’il paye et ce qu’il soutient par son achat. Quand j’ai commencé à travailler, il fallait lutter à tout prix contre la concurrence du Pakistan et de la Chine, se souvient Denis Heinrich. C’était un combat perdu d’avance. » Ce professionnel se réjouit que 1083 affiche entre 30 et 40 % de croissance chaque année. « C’est le meilleur ambassadeur de notre démarche ! » Désormais, la filière textile se pique de rêver à d’autres horizons. « Récemment, Terre & Fils a produit une étude de marché intéressante sur le vêtement professionnel, qui nous a déjà fait gagner un client. Le potentiel est là. Notre savoir-faire est aussi sollicité en Allemagne et en Suède. Les pistes de développement sont nombreuses. Il faut y croire. » Sans faire un pli.

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